De l'emploi équitable des alliés ou du fonctionnement effectif des réseaux
L'extension au réseautage des principes de la stratégie dite, en sociodynamique, des alliés - encore que le mot stratégie soit peut-être ici un peu décalé, puisqu'il s'agit plus de se préoccuper de gérer un stock de personnes-ressources que de s'en servir au services d'une fin - peut surprendre. Or, dans la pratique, la démarche, un peu de mode et suramplifiée par l'éclosion des réseaux virtuels, qui consiste à repérer des alliés potentiels dans ses relations, puis à tenter de séduire leurs propres relations, est une des composantes de la pratique des alliances. Mais ce n'en est qu'une. La difficulté majeure du bon emploi des réseaux virtuels est que :
- s'il déjà délicat de satisfaire par correspondance à l'ensemble des préconisations ici répertoriée,
- il est plus risqué encore, voire dangereux, de confondre stockage de coordonnées, même assorties de quelques informations de cursus, avec relation effective,
- et, surtout, le contrat, pièce essentielle du dispositif des alliances, est au mieux équivoque -pourquoi vais-je consacrer du temps à une relation d'une de mes relations, qui n'est pour moi qu'un jeu d'écriture ? - et plus vraisemblablement inexistant...
De la manière la plus courante, un allié est un partenaire avec lequel nous avons conclu une alliance. Qui dit alliance dit contrat passé entre parties, en connaissance de cause, pour ajouter des moyens dans la perspectives d'optimiser l'atteinte d'un objectif commun. Cette optimisation peut se traduire dans les faits par :
- plus économiquement
- plus rapidement
- plus équitablement
- plus sûrement
- plus durablement
- plus agréablement, etc.
Particularité sémantique : le comportement nommé ralliement n'est pas une alliance, au sens entendu ici, mais une attitude d'inféodation, prélude potentiel, intentionnel ou non, à une fusion-absorption.
Au plan pratique, le recours aux processus d'alliance implique pour réussir quelques précautions de méthode. Celles que l'expérience propose peuvent se résumer en quelques phrases.
Qui ? Le filtre d'alliance : se choisir pour alliés?
- 1-Tout partenaire qui n'est pas un opposant systématique est un allié , actuel ou potentiel, qu'il le sache ou non.
- 2-L'opposant résolu d'hier peut être un allié sûr aujourd'hui.
- 3-Un allié n'est ni un ami, ni un médiateur, ni un arbitre, ni un obligé, ni un client...
- 4-La relation d'alliance est réciproque et égalitaire : ne dites pas : il est mon allié, mais dites : dans cette affaire, nous sommes alliés, lui et moi...
- 5-Toute alliance, étant contractuelle, est temporaire ; non par destination, mais par constitution.
Comment ? Le philtre d'alliance : travailler en alliés ?
- 1-Identifions nos alliés actuels.
- 2-Sollicitons-les pour travailler avec nous.
- 3-Acceptons que l'alliance soit limitée aux enjeux communs.
- 4-Prenons-les comme ils sont.
- 5-Intéressons-les : information, considération, fréquentation, écoute, soutien,…afin qu'ils se souviennent de nous.
- 6-Prenons acte et remercions-les de leurs contributions.
- 7-Sachons leur dire ce qui ne va pas dans notre relation.
- 8-Acceptons qu'ils aient aussi leur jeu personnel, et respectons le s'il ne nous est pas défavorable.
- 9-Considérons l'absence d'opposition comme l'alliance minimale.
- 10-Cherchons régulièrement de nouveaux alliés.
- 1bis-Vérifions que nos alliés nous connaissent pour tels.
- 2bis-Laissons nous approcher par eux.
- 3bis-Soutenons-les dans le cadre des enjeux communs.
- 4bis-Ne nous croyons pas obliger de changer pour leur faire plaisir.
- 5bis-...
Risques et ressources
Ces comportements peuvent être évalués comme cyniques, ou machiavéliques, ou encore manipulatoires...et parfois tout cela à la fois.Ces évaluations sont souvent le fait de personnes qui emploient les étiquettes en question sur des bases affectives en ignorant leur sens original :
- le cynisme est un comportement libertaire visant à s'affranchir des pesanteurs et artifices sociaux ; il n'a rien de méprisant pour la personne de l'autre ;
- le machiavélisme vise à l'exercice réaliste de l'autorité, de la gouvernance, et ne fait pas l'apologie de l'intrigue sournoise ;
- la manipulation est l'art d'employer avec intelligence et dextérité son savoir-faire pour construire de ses mains, soi-même, un résultat pertinent et viable.
Ces comportements impliquent un sens aigu de l'éthique, du courage dans l'action, de la générosité dans la relation. En effet, il convient :
- de ne pas laisser la relation d'alliance déraper vers celle de compromission clientéliste ;
- d'oser aller au devant de l'autre en dépit de contentieux possibles et de lui parler en vérité, qu'il s'agisse du contenu du projet que supporte l'alliance ou des divergences pouvant être identifiées dans l'action commune ;
- de pratiquer le crédit d'intention pour passer au dessus des inévitables différences et se centrer sur les points de rencontre et les synergies.
Origines, limites, précautions...
Cette manière de voir n'engage que moi. Elle résume cinquante années de pratiques associatives, syndicales, politiques, professionnelles et entrepreneuriales.Elle recoupe une préconisation de bonnes pratiques mise au point vers 1975 de manière collective par une équipe de conseillers d'entreprise sous le nom de stratégie des alliés..
Elle est contestable.
Elle ne fonctionne pas à tous les coups.
Mais elle donne, si elle est appliquée de manière souple – la rédaction rigidifie – des résultats meilleurs qu'en jouant au hasard...

