De la mécommunication, ou communication malveillante
Cette fiche s'appuie à la fois sur des travaux réalisés dans le cadre de formations destinées à des personnels d'entreprise et de services publics, et sur des expériences de militance syndicale et politique au sein d'un parti dont une des devises pédagogiques était il faut connaître ce que l'on combat.La communication malveillante est un procédé visant à, en agissant par la voie médiatique :
- déstabiliser un groupe,
- décrédibiliser une personne,
- dévaloriser un programme, une proposition, une décision.
Le support de la mécommunication peut être visuel (affiche commentée, tract, article dans la presse, post sur internet, etc.) ou audio-visuel. Si le fait générateur est un discours, une déclaration, c'est sa reprise par écrit qui est le vecteur de la communication malveillante associée.
A noter que le communicateur malveillant efficace a la compétence requise pour exploiter pratiquement n'importe quel discours ou déclaration, que son auteur poursuive ou non le même but que lui.
Les éléments constitutifs
L'analyse du contenu de telles communications montre que leur efficacité implique la réunion de cinq éléments :
- un fait [1] déclaré avéré, choisi , pour impressionner le lecteur, objectiver le contenu, déclencher la propagation ;
- la rumeur [4], emploi de procédés rhétoriques allusifs déclenchant des réflexes liés aux préjugés, pour déstabiliser les sceptiques, isoler les lucides, faire douter les hésitants ;
- un slogan, pour faciliter la mémorisation, simplifier la diffusion, s'inscrire dans une continuité qui renforce l'impact ;
- l'ignorance c'est-à-dire le choix d'un sujet dont le public cible ignore de fait les réalités, pour pouvoir faire peur, rendre passif, imposer une interprétation ;
- l'appel à la légitimité de cette communication, pour interpeller les destinataires, susciter leur espoir, les entraîner à se rallier à ses conclusions.
Les faiblesses exploitables
Le mécanisme psychologique et mental mis en œuvre dans la communication malveillante implique, pour bien fonctionner, que les cinq composantes soient effectivement présentes et consistantes.
Pour contrer avec succès une communication malveillante, il est recommandé :
- de ne surtout pas la contester en bloc, ce qui au contraire accroît sa diffusion et confirme son intérêt en crédibilisant le fait, alimentant la rumeur et renforçant la légitimité ;
- de ne pas créer de fait nouveau connexe exploitable, par exemple en prenant les émetteurs à partie, ou en doutant du bon sens du public ciblé ;
- d'identifier les deux maillons les plus faibles et de les rompre, sans se préoccuper aucunement des autres.
- d'authentifier la fausseté du fait ou d'établir qu'il est suspect,
- de dévaloriser la rumeur en révélant ses racines ou en l'exagérant,
- de ridiculiser ou détourner le slogan,
- de combler en partie l'ignorance par une information simple et rapide
- de dégonfler la légitimité en rappelant à la réalité de la légalité.
A défaut de posséder les ressource requise pour rompre le maillon faible, deux tactiques peuvent être alors être envisagées:
- de préférence, la communication bienveillante : si le fait est peu contestable, s'appuyer sur lui pour développer une communication parallèle concurrente [2] visant à l'utiliser comme support pédagogique, déclencher une réflexion, résumer l'événement sous un titre bref, connecter tous ces éléments au cadre légal, sans faire en rien référence à la communication malveillante ni même à son existence.
- en dernier recours, de se retenir par un silence assourdissant : se comporter comme si la communication n'existait pas. Une bonne capacité de résistance et un solide sang-froid relationnel sont alors nécessaires.
La prévention.
Etre réactif à une communication malveillante est bien. Œuvrer à réduire les conditions favorables à son apparition, où rendre le milieu plus imperméable à sa pénétration est mieux. Comment faire ? A quels niveaux agir ?
- le fait [1] : le connaître, le connecter à d'autres pour en dégager le sens, l'exploiter au plus vite en communication bienveillante – implique réseau d'écoute, vigilance anticipative, rapidité d'information ;
- l'ignorance : l'évaluer, la combler par des apports éducatifs, expliquer les textes et les contextes – implique expertise, démarches inscrites dans la durée, écoute des silences ;
- la rumeur: traiter les préjugés comme des faits, les déculpabiliser, les faire s'exprimer – implique l'exercice de la tolérance constructive, de la liberté d'expression, des capacités à clarifier ;
- le slogan : occuper le terrain en imaginant des formules attrayantes pour qualifier ses projets, nommer ses décisions (et ceux et celles de ses alliés…) –; implique humour, inventivité, connaissance de la diversité des cultures ;
- la légitimité : l'orienter vers les valeurs dites républicaines, combler la distance entre le légitime et le légal – implique une éthique reconnue comme imputrescible, l'intérêt pour l'histoire des idées, la bonne lecture des fondements du droit, la préoccupation du lien social.
[1] Un fait plausible mais invérifiable, un fait travesti avec intelligence, un fait controuvé mais ayant tout d'un vrai, un micro-fait érigé au rang d'un fait notable, sont des faits au sens de cette analyse. Il y a des fabricants de faits. Certains faits rétroactivement prouvés ayant été ouvertement niés, voire occultés par des systèmes de pensée (politiques, scientifiques, religieux, juridiques, etc.), il est nécessaire d'être prudent avec ce qui est déclaré être un fait.
[2] Il nous faut bien accepter que les mécanismes psychologiques qui semblent constituer les principes et facteurs de succès de la communication soient indépendants des visées de l'émetteur, qu'elles soient bienveillantes ou malveillantes. Autrement dit, le succès de la communication bienveillante est lui aussi lié à la solidité des cinq maillons de la chaîne, à la quelle il convient de veiller. Ce n'est pas l'intention qui fait le premier succès d'un acte de communication, c'est la solidité de sa structure.
[3] Note 3 en cours de vérification
[4] Selon Jean-Noël Kapferer, La rumeur c’est ce qu’on a envie d’entendre...

