De la connexion entre entités


Connexion ? Ce mot désigne un composant technologique utilisé en construction électrique , un élément des réseaux internet, un procédé algébrique, et aussi un rendez-vous de comploteurs ou d'agents discrets...Il a aussi un sens spécifique dans le déroulement de la partie de Go.

Connecteur ? Ce mot désigne ici un acteur dont la raison d'être est de mettre en relation des personnes impliquées dans des structures différentes, d'assurer leur connexion. Une correspondance, un interface…


Le rôle de connecteur est plus connu dans le monde professionnel qu'associatif ou politique.
Cet intermédiaire n'est pas un médiateur [1]. Il n'est pas non plus un faciliteur, ou un modérateur, au sens donné à ce rôle dans le travail en groupe.
Le connecteur est situé à une articulation entre deux réseaux, entre deux entités. Plus, il est cette articulation. Il met en rapport, fait circuler les informations et les idées, permet un meilleur fonctionnement de chacune des entités qu'il connecte.

Une analogie écologique


Les relations entre deux êtres vivants peuvent être étudiées sous l'angle du profit qu'en tire chacun. En effet, la relation peut être, pour chacun, bénéfique, neutre, ou maléfique à court terme [2] .
D'où six combinaisons possibles, si l'on admet que les deux partenaires sont sensiblement de force égale [3] .

maléfique
maléfique
maléfique
neutre
neutre
bénéfique

*
*
*
*
*
*

maléfique
neutre
bénéfique
neutre
bénéfique
bénéfique

co-destruction
extinction
prédation, exploitation, éradication
indifférence, ignorance
commensalisme
synergie, symbiose

Un des intérêts de cette analyse est qu'elle déborde du cadre des relations entre deux êtres vivants et s'applique aux relations entre les personnes et entre les groupes humains.
Si deux entités coexistent au sein d'un groupe plus vaste ayant des intérêts communs, le bon fonctionnement de ce groupe passe par l'élimination des relations maléfiques pour l'un et/ou l'autre, au profit des bénéfiques, et, à défaut, des neutres.

Tel est le cas des relations (parmi d'autres, pour chaque exemple), entre :

Profil et comportement d'un connecteur


Par commodité deux types de connecteur sont ici mis en scène : le connecteur institutionnel et le connecteur spontané.

Le connecteur institutionnel.

De même que tout système soucieux de son efficacité et de sa survie se doit de mettre en place des contre-pouvoirs internes [5] , de même tout système global composé d'au moins deux entités ayant des vocations différentes pouvant devenir antagoniques gagne en sûreté de fonctionnement s'il met en place des connecteurs.

Le choix d'un bon connecteur répond au cahier des charges suivant :
Si le système global compte plus de deux entités spécifiques différenciables, il est recommandé de ne surtout pas vouloir mettre en place de connecteur universel : les entités ont à être connectées deux à deux : plus souple, plus réaliste, moins fragile.

Le connecteur spontané.

Le cahier des charges s'enrichit de deux préconisations :

Si ces conditions sont satisfaites, il peut accéder au statut de connecteur institutionnel si le système global le valide.

Quelques applications…

A un parti politique

Les politologues mettent en évidence le besoin qu'éprouve un parti démocratique de faire cohabiter, non seulement en bonne intelligence, mais surtout de manière lisible et fructueuse, deux grandes familles d'acteurs :
Ces deux réalités structurelles travailleront d'autant mieux ensemble que des connecteurs établiront, de manière à la fois souple et rigoureuse, les liaisons qui feront circuler les influx et coordonneront réflexions et activités.

A une entreprise



A une association





[1] Le rôle de médiateur implique la constatation d'un conflit entre deux entités, institutions ou entreprises, et l'intervention d'une troisième entité qui confie à cet acteur une mission visant à résoudre ce conflit en analysant sans préjugés la situation et faisant émerger des propositions acceptables par les deux parties.
Il serait possible de penser, en revanche, que l'existence d'un connecteur entre deux entités pourrait permettre d'anticiper certains conflits et d'en éviter équitablement l'éclosion.

[2] Cette analyse a été publiée, dans sa version complète, par Henri Prat, Métamorphose explosive de l'Humanité, édition SEDES, Paris 1960.

[3] Si les partenaires sont de force inégale, cette dissymétrie oblige à distinguer non plus six mais neuf cas de figure. L'analyse est alors plus fine, et permet d'identifier des configurations bien connues telles que le parasitisme.

[4] Voir à ce sujet la mémofiche de l'emploi équitable des alliés.


[5] Voir à ce sujet la mémofiche des contre-pouvoirs.