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Publier : faire sa pub ou se lier ?

Dans mon imaginaire enfantin, il y avait deux grands genres d’écrits : les lettres sorties des enveloppes et les livres. Au nombre des lettres, en fait je mettais tout ce qui était manuscrit. Et au nombre des livres, tout ce qui était typographié. J'étais marqué par le mythe de la machine : la machine à écrire, qui érigeait l’écrit domestique, ou professionnel, au rang de la chose imprimée, était pour moi l’outil suprême au service de l’art de la publication.
Apprenant la lecture, j’avais pratiqué les deux types de déchiffrements : la phrase issue du livre, avec la complexité liée aux différences entre les polices de caractères [1], et les alinéas nés de l’écriture manuelle, y compris la mienne (il faut bien se relire…).
émerveillé par l’allure presque officielle que revêtait pour moi le texte dactylographié, je n’eu de cesse de m’initier au maniement de la machine à écrire qui faisait partie de la panoplie d’outils de bureau (avec la calculatrice à manivelle, le té et les équerres, les pistolets, l’agrafeuse de documents à languette,…) de mon artisan de père.

A Pâques 1954, je passai deux semaines, en cours de vacances, à apprivoiser l’Underwood de l’école de sténodactylographie de Chelles. En septembre 1956, pour permettre à mes parents de s’acquitter par défaut d’une promesse faite pour l’obtention de mon baccalauréat (j’attendais un Vespa, j’eus une Remington [2]) , je devins propriétaire d’une « machécrire » réputée silencieuse, enfermée dans un coffret transportable [3] ressemblant à une boîte d’électrophone, et que j’utilisai pendant mes cours de physique au Lycée Henri IV, au grand étonnement – et au prix d’une tolérance aujourd’hui encore rarissime en de tels lieux ? - de mon professeur Joseph Simon, pour prendre mes notes de manière présumée directement utilisable.

L’amour des claviers m’est resté. Dans les années 1982, ayant acquis une des premières machines à écrire portables à « traitement de texte » (Une brothers…la mémoire contenait deux pages, et l’écran 16 caractères…), je me mis à travailler d’une manière qui aujourd’hui n’attire plus l’attention : mettre au net le compte rendu de la réunion dans le train du retour, reconvertir ma secrétaire de copiste attentive en gestionnaire de contacts…

Ceci ne veut pas dire que je sois fâché avec l’écriture manuelle, bien au contraire. Je la recherche à la fois esthétique et lisible. Je sais m’appliquer. J’y chemine avec lenteur. Mais, sans être pour autant réservée aux pensers intimes ou aux messages affectivement chargés, elle demeure pour moi d’une autre nature que l’écriture dont le clavier détient la clef.
Dans la préface de Sang Breton, je me suis risqué à dire quelques mots de la singularité de l’encrier, et du symbolisme inhérent à cette auberge pour marins navigateurs du verbe, à l’enseigne « à la plume et à l’ancre ».

Les références de textes indiquées dans le chapitre consacré aux publications sont tout simplement réparties en trois catégories :

Oripeaux de papier

Une bibliographie qui peut contenir des erreurs de datage, les originaux ou les copies retrouvés ayant parfois été identifiés par mes soins avec assez de décalage pour que ma mémoire me trahisse, et est par nature incomplète : à vingt ou trente ans je songeais plus à voyager léger qu’à nourrir des dossiers.

Ectoplasmes dématérialisés

Des adresses sur Internet, qu’il est possible au lecteur curieux, à la lectrice perspicace, de trouver sans mon aide en tournant la manivelle, non d’une vielle, ni d’un limonaire, mais d’un moteur de recherche ; ou bien des chemins dans des cédéroms.

Rétroliens

Si la toile est tissée, la navette se doit d'aller et venir. J'ai donc tenté de tirer le fil dans l'autre sens. Comment repérer les sites et les blogues sur lesquels figure un lien vers le portail adamantane.net...?

Manuscrits authentifiés

Un album en cours de constitution dans le chapitre imagerie , qui a surtout valeur pour moi –nostalgie – et pourrait éventuellement apporter de la matière première à un(e) graphologue à la recherche de ces signes insignes qui signalent et signent l’amour de l’écriture.



[1] Je me souviens d’avoir été puni, l’été 1945 – une sieste forcée…- pour n’avoir pas accepté de reconnaître la lettre Z dans un texte imprimé de la revue l’anneau d’or. En 1958, Z de la Taupe HIV, le souvenir de cet incident m’est brutalement revenu…

[2] Une Remington dite noiseless…Comme celle (voir le contenu de la caisse n° 21 : Typewriter Kipling's Remington Noiseless , with case... ) de Rudyard Kipling, mais d’un modèle beaucoup plus récent. La machine silencieuse d’Ernest Hemingway était, ai-je lu, une Underwood. Celle de Françoise Sagan, telle que la montre une photographie célèbre, je ne sais pas.

[3] Il me reste aujourd’hui une pièce détachée de cette machine, une des petites roulettes montées sur ressort qui applique le papier sur le rouleau principal…et quelques textes dactylographiés avec son aide. Quel écrivain a dédicacé une œuvre à sa machine à écrire ? Serge Gainsbourg a bien chanté ,dans l’homme à tête de chou :
…Pour les beaux yeux de Marilou
Je suis allé porter au clou
Ma Remington et puis mon break…