Traçabilité : tracasserie ou habileté ?

Laissons de côté l’aspect inesthétique – à mon avis – de ce mot abstrait estampillé par les bruxelloises [1] officines. N’oublions pas de rendre hommage au passage à la pointe à tracer, instrument qui canalise l’obstination rigoureuse du graveur.
Souvenons-nous aussi de la planche à tracer, qui accueillit et enfantât le travail du projeteur, et de l’art du tracé mobilisant – mobilis in mobili - le compas de Libergier, les divines proportions, Jupiter et son trait.

Citer ses sources : un rituel universitaire utile

Citer ses sources n’est pas seulement un moyen habile pour augmenter ses chances de se voir citer à son tour par autrui, donc pour exister d’avantage. Ce réflexe qu’inculque l’alma mater à ses enfants a des fondements méthodologiques solides. De plus, cette pratique engendra un art, dûment normé par ses usages, puis son corps de consigne, lui-même fort universitairement présenté, commenté, et mis à disposition de ses adeptes [2].

Sur ce site, les origines des citations [3] sont bien sûr fournies. Plus, je me suis donné pour règle personnelle de reconstituer, autant que mémoire le permet, l’origine de mes réflexions, le déclencheur de mes réactions.
A titre de réciprocité, et dans le cadre proposé par la licence pour documents libres, j’attends de celles et ceux qui me feraient l’honneur de reprendre à leur compte tel ou tel extrait de ce site d’en indiquer la provenance.

Quelles sources pour un travail à plusieurs ?

En d’autre termes, comment l’enfant sera-t-il conçu et porté [4], et quel sera son état civil ?

Il existe, selon certaine analyse, trois catégories d'oeuvres composées par une pluralité d'auteurs :

  1. composite est l'œuvre nouvelle à laquelle ont été incorporées des œuvres préexistantes sans la collaboration de leurs auteurs : imaginons un chapelet de grains de citations avec une ficelle pour les enfiler [5];
  2. de collaboration, ensuite, est l'œuvre à la création de laquelle ont concouru plusieurs personnes de manière concertée : c’est ce que je voulus faire au sein des ateliers d’écriture et voudrais faire en émettant mes propositions de thèmes d’activité 
  3. collective, enfin, est l'œuvre créée sur l'initiative d'une personne physique ou morale à laquelle les divers auteurs ont participé sans concertation et sans vue d'ensemble sur l'œuvre ; telles sont souvent les revues littéraires [6] ou les anthologies.

Si nous collaborons dans le cadre proposé par ce site, je propose que par défaut le résultat soit signé d’un nom collectif, assorti en annexe de la liste des contributeurs. Ce nom serait (emprunt à la sémantique générale, en forme de clin d’œil à Gilbert Gosseyn) : adamantane-1, puis adamantane-2, et ainsi de suite (et l’on sait, sans avoir eu à attendre Peano, que la suite est longue).
Les lecteurs sceptiques quant à l’utilité de cette bourbakisation ont le droit d’exprimer leur point de vue sous seule réserve de faire une proposition réaliste quant à sa mise en œuvre.



[1] Le Bruxelles Européen, parfois un peu dans les choux, pas le vrai Bruxelles brusselant cher au Grand Jacques.

[2] Voir à ce sujet la présentation matérielle des manuscrits dactylographiés, par Hélène Vairel, Paris, Nathan, 1989, 159 p. Ce livre, hélas épuisé, que j’ai retrouvé sur le marché de l’occasion, mériterait une nouvelle édition adaptée à l’emploi des traitements de texte et aux publications sur Internet.

[3] Dans la mesure où j’ai repéré l’élément de texte comme citation. Il arrive à un auteur d’abuser de la notion de citation. Voir à ce sujet l’amusante démonstration de Morris et Gosciny (celui-ci surtout, étant le scénariste….), dans les aventures de Lucky Luke : Frank James, le frère de Jesse James, voit sa conversation émaillée, à longueur de phylactères, de citations de Shakespeare dont le propre est d’être insignifiantes. Exemple page 7 strip 4 case 3 : voilà qui est parfait (Roméo et Juliette, acte II, scène IV…).

[4] Certains auteurs connus comme travaillant à deux plumes, tels que Pierre Boileau et Thomas Narcejac, ont explicité leur méthode de travail et la répartition des rôles dans leur couple. D’autres (je pense à Rivoire et Carret…) ont été plus discrets à ce sujet.

[5] Voir – ou plutôt regarder – à titre d’exemple le film les cadavres ne portent pas de costard, de Carl Reiner, 1982 (Dead men don’t wear plaid)

[6] Sauf si le comité de lecture et le directeur de publication passent de la juxtaposition de textes filtrés, même dans une structure d’ensemble invariante et prédéfinie, à l’animation d’un débat au sein de l’ensemble des auteurs pour, au prix d’itérations, co-définir forme et fond, objectifs et moyens, thèse et arguments.