Au fil des eaux, trames et lisières...
Parfois il est des lignes sur les lignes, des ombres portées, des regards obliques, des respirations partagées... Ici donc ici quelques mots sur les activités, les "actes posés" de Christine Guilloux.
en la newsletter de la Milton H.Erickson Foundation
Summer issue - 2011- on www.erickson-foundation.orgen la revue Jointure
Recensions 2011 sur www.jointure.frChristine Guilloux, Passages – Textes sur photographies
Éditeur: Éditions Les Presses Littéraires, 66240 Saint-Estève, 2009 [►]Préface de Jean-Pierre Desthuilliers
Signalé en Attention ! poésie fraîche ... au sommaire de JOINTURE n° 93
Note rédigée par Patricia Zablit
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Dans ce livre à double média, mots et photographies, Christine Guilloux nous entraîne à travers autant de voyages que de photographies. Voyages décalés, voyages rêvés, voyages suspendus, autour de très belles images, capturées par le poète. Voyages décalés dans le temps : Les heures de pointe, ici, n’eurent jamais lieu, même quand Louis XIV commandait un chef d’œuvre Hier, aujourd’hui se mélangent en un époustouflant et éreintant constat Voyages décalés dans l’espace, tel ce texte intitulé Muraille de Chine , sous-titre d’une photographie prise à Seattle. Et pour introduire ce décalage dans l’espace, Christine Guilloux raconte merveilleusement le mode d’emploi d’un décalage horaire : L’avion était à prendre au coucher. Cinq à six heures à plonger dans un sommeil forcé, et pour certains, bien frappé. La posologie était bien inscrite sur la boite, enfin sur le billet à souches. Mais auriez-vous imaginé, en cet instant, une porte de sortie autre que les ténèbres ? Voyages rêvés, tels dans ces Songes fossiles : Il est des villes qui ne peuvent exister qu’en rêve. Et qui s’immiscent dans une réalité chancelante sans que l’on y prenne garde Voyage suspendu, telle une nature morte des mots, c’est à cette image que l’on pense, devant la photographie intitulée L’enclave : ici, des livres, des cassettes, sur un drap froissé. Et les mots sur cette image : Ni store ni rideau. Ni fleurs ni couronnes. Les mots gisaient à même le drap. Inutile de grappiller, de glaner des bribes de conversation. Les mots s’étaient vautrés dans le livre aux coudées franches … Il n’y avait plus rien à dire. Enchantements. Et moi, tel un passager clandestin, je m’alignais sur les mots et dormais à même le sol Dans ce recueil, Christine Guilloux fusionne les images et les mots en un contrepoint subtil et varié. Chaque image donne lieu à un texte/point de vue du poète d’un type spécifique. La surprise est là, toujours là. |
Christine Guilloux, Iles
Christine Guilloux [►]
Éditeur: Éditions Les Presses Littéraires, 66240 Saint-Estève, 2009 [►]
Préface de Gérard Murail
Postface de Michel Martin de Villemer [W] [►]
Note rédigée par Georges Friedenkraft
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Il est, dans la culture, des symboles forts, qui imposent à l’homme une image nécessaire de lui-même. L’île est de ceux-ci. Parce qu’il est individué, l’homme est nécessairement entouré d’altérité, comme l’île d’élément liquide. L’humain est île dans l’océan des contraintes physiques, biologiques ou sociales qui l’entourent. Son individualité devient aussi spécificité. Il se distingue du reste par une originalité corporelle et psychique. L’homme est île parce qu’il est unique. Donc aussi parce qu’il est seul. Cette manière d’être, seuls les poètes peuvent la faire sentir dans toute sa profondeur. C’est ce que nous offre ici Christine Guilloux, dans un ensemble de poèmes aux vers largement libres des contraintes métriques et propres à s’adapter aux fluctuations incessantes de la nature et de ses habitants. Car l’île, c’est d’abord la vie. Elle est issue des convulsions qui président à la genèse du vivant : Corolles, couronnes font ventouses Les respirations sont suffocations déglutitions Spasmes Les laves chaudes jaillissent en fluorescentes effusions (p 9) On remarquera aussi que le vers, tout en restant libre, sait ne pas se priver de rappels de sonorités, de rimes ou d’allitérations occasionnelles, qui en accroissent l’harmonie. Car, pour tout poète digne de ce nom, l’osmose est nécessaire entre la nature et le verbe, entre le réel et les mots. Le mouvement des poèmes ne fait que traduire celui du monde : Le décolleté est un peu trop plongeant Je me cogne à un préfixe A une consonne sourde Et désarticulée (p 14) Entre Honfleur et Venise, et au-delà, le paysage se fait habit du cœur. La mosaïque des lagunes guide la mosaïque des sentiments. Avec même cette fin où le langage s’esquive, où le blanc du verbe accentue la pesanteur de l’être, où l’île-symbole est alors innommée (p 39), mais où Extrême est le ravissement (p 39). Soyons, nous-aussi, ravis par ce parcours, qui, préfacé par Gérard Murail et postfacé par Michel Martin de Villemer, nous entraîne, par notre miroir dans l’île, à la recherche de nous mêmes. |

