Maurice Cogis, ébéniste, aventurier et écrivain

Maurice Cogis

Maurice Cogis
Maurice Pierre Félix Cogis, né le 6 novembre 1914 à Chelles, mort le 18 octobre 1945 à Kaolak, Sénégal.

C'est à Chelles, vers 1944, dans la maison de mes parents, et plus précisément dans l'atelier de la menuiserie, que je situe le premier souvenir qui me reste  de Maurice Cogis. Mon père et lui s'efforçaient de cintrer à la vapeur une forte baguette de bois destinée à entrer dans l'architecture d'un meuble.



La photographie la plus à  gauche a été prise à Veulettes-sur-Mer, en 1938, à l'occasion du mariage de Christiane Dufraine et de Georges Desthuilliers.

Sa voisine est présentée comme une réalisation du studio Fernando, spécialiste en portraits d'art, 31 boulevard de la Gare à Chelles. La comparaison des deux clichés laisse supposer une forte connivence entre les deux photographes.

Ami lecteur, amie lectrice, si vous possédez quelque information que ce soit au sujet de Maurice Cogis, le conservateur vous sera très reconnaissant de les lui communiquer. Et, respectueux des traditions,  il s'engage à vous signaler, si tel est votre désir, comme le généreux donateur, la généreuse donatrice...


Sommaire


Quelques touches de mémoire
Dessin d'armoire
Lettre de guerre...
Sa vie, telle que je la connais
Trois gouaches
Projets architecturaux en Afrique
Projets de meubles
Projets de costumes
Remerciements

Les trois gouaches sont la propriété de Madeleine Labrune, soeur de Marice Cogis

Les documents des séries projets ont été conservés par Étienne Desthuilliers.

Quelques touches de mémoire

C'est à Chelles, vers 1944, dans la maison de mes parents, et plus précisément dans l'atelier de la menuiserie, que je situe le premier souvenir qui me reste  de Maurice Cogis. Mon père et lui s'efforçaient de cintrer à la vapeur une forte baguette de bois destinée à entrer dans l'architecture d'un meuble.

Je le vis ainsi construire les accessoires de scène nécessaires pour la représentation de la première pièce de théâtre qu'il me fût donné de regarder, probablement le Don Juan de Molière ; je vécus mal la réanimation de la statue du commandeur et selon ce qui me fut rapporté mes sanglots d'effarement se mêlèrent au rôle des acteurs et je passai ensuite une nuit agitée.

Il avait aussi participé, au moment où la fréquence des bombardements de la gare de Vaires le rendit utile pour notre sécurité, à l'étayage de la cave voûtée de la maison pour en faire un abri anti-aérien sûr. Ces étais furent démontés ...vingt bonnes années plus tard par un autre de mes cousins, René Serrière.

Il me construisit, comme jouet de Noël, très probablement en 1944, un avion en bois d'une trentaine de centimètres d'envergure, bimoteur dont l'allure générale copiait la ligne du DC3, référence constructeur que je ne possédais pas à l'époque. Je peux m'imaginer aujourd'hui que cet aéronef a été l'inconscient déclencheur de l'issue technologique de mes études supérieures. Il faudrait m'hypnotiser pour y voir clair...

En octobre 1945, à quelques jours de mon anniversaire, je surpris une conversation téléphonique – en ces temps troublés le téléphone ne servait que pour les relations avec ceux des clients qui étaient abonnés, les erreurs d'appel au Presbytère (nous avions le n° 87 et lui le 86) et les éventuelles mauvaises nouvelles – évoquant l'Afrique, une mort brutale, et je sus que je ne le verrai plus. .Ceci ne me fut officiellement confirmé que bien des années après, mes parents ayant jugé utile de me dissimuler cette nouvelle...

meubles Maurice Cogis

Fauteuil et chaise


meubles Maurice Cogis

Buffet, fauteuil et chaise
Cliché Christiane Desthuillliers

Pendant vingt ans, de 1949 à 1969, nous vécûmes, dans la maison de Veulettes-sur-Mer, dans un mobilier de salon qu'il avait dessiné, et que mon père, en ayant retrouvé les épures dans ses cartons, avait réalisé.
L'ensemble comprenait :
  • un buffet à deux portes avec six tiroirs médians,
  • une grande table à piètement central,
  • deux fauteuils et six (ou huit?) chaises,
dont la découpe insolite était rehaussée par une bichromie rouge et vert qui donnait à l'ensemble une allure avant-gardiste étonnante dans une villa de bord de mer.



Plus tard encore, vers 1954, je découvris dans le grenier, sommairement reliés dans une jaquette en cuir souple, brun foncé,en compagnie de deux autres,un manuscrit dont l'étrange titre était les mémoires d'un sacristain. Le passage où l'auteur racontait, ce qui était pour moi , à l'époque ou mes lectures me conduisaient sous l'incitation affectueuse de ma professeur de lettres à la princesse de clèves,  le comble du libertinage, comment héros et héroïne tentaient sans y parvenir, faute de l'adresse suffisante, de consommer entre deux vagues et loin du rivage une étreinte amoureuse, est celui qui m'avait le plus frappé l'imagination.

Souvenirs plus matériels

De Maurice Cogis il me reste aujourd'hui deux témoignages d'existence : l'un est du domaine du dessin, l'autre est une lettre.
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Dessin d'armoire

Armoire Boulle
Ce dessin au lavis, format 39 x 58, est cartouché :
  • En tête : cogis ... ébéniste
  • En pied :grande armoire en marqueterie de bois sur fond d'écaille, par ch. boule ... 25 heures

Cette photographie déforme l'image source, qui est bien entendu parfaitement inscrite dans un rectangle, et la présence d'un verre anti-reflets atténue le contraste des couleurs.
Le dessin a souffert de divers déménagements. J'en ai fait restaurer le support et il a été encadré sous-verre.

Les trois vues de détail proposées à la ligne suivante donnent une meilleure idée du travail du compagnon en ébénisterie, alors étudiant.
Détail

Détail du grand panneau :
le bouquet d'iris...

Détail

Détail du petit panneau :
les fausses charnières en bronze doré.
Détail



Détail du pied d'armoire :
la tête de lion centrale.
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Lettre de guerre

Cette lettre...
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Sa vie, telle que la connais....


Maurice Cogis naquit à Chelles le 6 novembre 1914, fils aîné de Félix ... Cogis et de Marguerite Alphonsine Adèle Desthuilliers . Son père était alors mobilisé et sa mère habitait en conséquence chez ses parents. A deux reprises ils allèrent se réfugier à Fouras (Charente maritime) pour fuir l'avance allemande, à l'automne 1914 et plus longuement en 1917-18. Il eût ultérieurement sept frères et sœurs.

Quand il sortit de l'adolescence des liens d'amitié se formèrent entre son oncle Georges Desthuilliers et lui. Ses parents ayant pas jugé possible de lui faire en­treprendre des études longues à cause de leurs charges familiales, il entra à l'école Boule au lendemain de son certificat d'études.
Il y fut élève de septembre 1928 à juin 1932, date à laquelle il obtint un CAP en ébénisterie [2].

Très vite il partagea avec son oncle, alors en charge de certains travaux d'étude et de comptabilité dans l'entreprise de menuiserie d'Ernest Desthuilliers, les préoccupations d'un travail, qui, portant sur le dessin et l'ébénisterie, les rapprochaient tous deux. Il n'est pas de preuve qu'il ait jamais aimé ce métier. Cependant des dons artistiques réels lui assuraient une réussite facile.
Sorti d'école assez vite, il fut, de suite, mis au tra­vail chez un marchand de meubles de Paris pour lequel il dessinait des projets. Son service militaire le conduisit en Tunisie en 1924.
Physiquement Maurice Cogis, m'a-t-on dit,  était grand, très brun, cheveux ondulés, visage ouvert, et souvent souriant. Bien qu'il ait quitté l'école très tôt, il avait beaucoup lu, allait souvent au cinéma et au théâtre.
Il continua à travailler chez son marchand de meubles jusqu'à la déclaration de la guerre en septembre 39. Là, il partit le premier de toute la famille. Ses opinions, fort arrêtées, le conduisirent à prôner la non-violence.
Il quitta le front d'Alsace, rappelé en liaison avec ses compétence professionnelles comme affecté spécial, tour­neur sur bois à l'usine Westinghouse à Sevran.
Au retour de l'exode il se mit à travailler avec son père qui avait acheté à Rennes une épicerie fine, Aux frères provençaux. Par moments, quand il avait besoin d'argent, il venait passer quelques semaines à Chelles pour travailler à l'atelier de menuiserie de son oncle.
D'un séjour de vacances en Provence, il rapporta quelques gouaches d'Eze et de Monaco. Trois d'entre elles ont été conservées par Christiane Desthuilliers, qui les a léguées à Madeleine Labrune.

Il écrivit trois romans mais ne réussit pas à les faire éditer.

Après ce second retour d'Allemagne, il dut vivre dis­crètement, en raison de sa rupture de contrat de STO, qui le mettait en danger d'être recherché. En avril 1944, il résidait à Rennes.


Le port de Kaolack, sur le fleuve Sénégal

Quelques mois après la libération, il signa un contrat avec Jean Prouvost, de la Lainière de Roubaix, qui, ayant investi dans des plantations et usines de transformation d'arachide - décorticage et huilerie - , lui confia un projet : réaliser la construction d'un village pour loger les indigènes employés par lui sur place.

Il partit donc en Afrique, au Sénégal, à Lyndiane, à proximité de Kaolack pour réaliser ce travail. Il s'embarqua à Toulon, le 22 février 1945.

C'est là, le 18 octobre de la même année, qu'il mourut assez mystérieusement en quelques heures, probablement victime d'une bilio­hématurie. Il a été enterré au Sénégal. Les frais funéraires furent assumés par son employeur.

Lorsque j'entendis le téléphone sonner, j'étais occupé à ranger dans l'ordre les cartes d'une petit jeu et j'en étais à la dame de carreau.

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Trois gouaches...


Maurice Cogis Gouache
Maurice Cogis Gouache
Maurice Cogis Gouache
...D'un séjour de vacances en Provence, il rapporta quelques jolies gouaches d'Eze et de Monaco qui ornent toujours le murs de mon logis [1]. ...

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Projets architecturaux en Afrique





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Projets de meubles





Crayon et lavis, format de la source : 24 x 30 cm ; papier Canson. La vue en perspective montre au premier plan une cigarette allumée dans un cendrier, et les volutes de fumée sont bien  bien visibles sur l'original.



Crayon sur papier genre papier de soie ou papier journal (50 g/M²) , format de la source 11 x 13 cm. Projet des chaises faisant partie de l'ensemble de mobilier réalisé par Georges Desthuilliers pour la maison de Veulettes-sur-mer.



Ce projet a été réalisé, élément d'un ensemble comprenant, outre cette table à langer, une armoire deux corps et une commode roulante. L'armoire existe encore. La table a meublé ma chambre au 14.



Crayon sur papier genre papier de soie ou papier journal (50 g/M²) , format de la source 13 x 17 cm environ.Dans le dossier qui a été conservé, figurent d'autres projets de même style, en particulier au verso de ces esquisses.

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Projets de costumes





Crayon



Crayon



Crayon



Ce



Crayon

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[1]

Christiane Desthuilliers, in pas d'encens pour les faux dieux, hors commerce, 1979, chapitre III page 96.

[2]

Selon attestation délivrée le 28 septembre 2000 par Madame M. Planes, Proviseur-adjoint de l'École Supérieure des Arts appliqués aux Industries de l'Ameublement et de l'Architecture intérieure...alias École Boulle.