Christine Guilloux, écrivain, imagière et thérapeute


L'essentiel est sur son site personnel www.christine-guilloux.eu : ►►►




C'est le 7 janvier 1987, 21 rue de la Roquette, que j'ai rencontré pour la seconde fois Christine Guilloux. Notre premier contact remontait à courant décembre 1986, dans les locaux du CNOF rue Bellini, à Puteaux, en bords de Seine, à l'époque où je travaillais au sein de Bossard Institut sur le développement de la Sociodynamique, et où, consultante, elle participait à cette diffusion.

Depuis, nous avons partagé dans divers domaines une collaboration confiante.


     


[*] Invitation à la clé : de l'art d'entrer en transe

Ce texte a été présenté lors des rencontres professionnelles du 20 mars 1999, à la Société Française d'Hypnose, au Palais des Congrès de Paris.


Lorsque le patient paraît, à moins que ce ne soit l’assistance comme celle-ci, quelles clés et quelles serrures se font face, se rencontrent, se découvrent ?

Hypnothérapeute, hypnotiste, hypnopraticien... saurais-je me faire dépanneur, plombier, pompier, braqueur, serrurier ?

Dépanneur de l’oubli, de l’urgence, de l’absence ? Plombier colmateur, retardateur, plombier retardé ? Pompier du premier secours, du dernier recours ? Pompier volant, pompier casseur, pompier incendiaire, pompier sauveteur ? Ou encore, braqueur, ouvreur de coffres-forts, cherchant la bonne combinaison à l’oreille, au doigté, au mouvement ? Ou simplement, serrurier, celui qui fabrique les clés et les serrures ? Celui qui travaille la clé ou la serrure avec des limes, des râpes, des grattoirs, des tenailles, des burins, des poinçons, des vis, des vrilles, des forets, et quelques instruments de mesure dont le compas droit ou celui d’épaisseur appelé maître à danser ?
Saurais-je me faire maître à danser ? Ou simplement danseur dans cette invitation que fait le patient en narrant sa réalité à lui, sa souffrance avec ses ouvertures et ses fermetures.

Peut-être commencerais-je par citer un de nos grands éricksonins, peut-être un peu méconnu, Michel Tournier.

La serrure évoque une idée de fermeture, la clef un geste d’ouverture. Chacune constitue un appel, une vocation, mais dans des sens tout opposés. (...) Une serrure sans clef, c’est un secret à percer, une obscurité à élucider, une inscription à déchiffrer. (...) Mais une clef sans serrure, c’est une invitation au voyage. [1a]

Vous pouvez peut-être vous demander de quelles clés il s’agit et à qui elles appartiennent. Sont-ce celles du thérapeute ? Sont-ce celles du patient ? Ou bien naissent-elles de la rencontre de l’un et de l’autre ? De la présence de l’un et de l’autre ?

Vous pouvez vous demander et peut-être, êtes-vous surpris, curieux, étonné, amusé par ces détours auxquels vous êtes familiers lorsque vous entrez dans la relation avec l’autre, le sujet, le patient, qui est d’ailleurs est souvent impatient, lorsque vous participez à cette entrée dans la danse, dans la transe, dans ce démêlé, ce déroulé où vous laissez votre imagination s’inviter au voyage, où vous laissez votre imagination tisser des toiles et des méandres, glisser peut-être une clé dans une serrure, l’essayer ici, l’essayer là, où vous laissez votre imagination gambader en respirant au même rythme que celui du patient, en ratifiant ses soupirs et ses aises, en observant ses légèretés et ses à peine perceptible mouvements involontaires car parfois il n’est nul besoin de marteau de porte, de guichet ou de judas pour se laisser aller à découvrir en même temps que le patient que les portes sont ouvertes et que parfois même, il n’est pas de serrure et pas de porte, qu’il est simplement une respiration à redécouvrir, qu’il s’agit simplement de se laisser absorber par soi-même à partir de la serrure ou de la clé apportée, déposée en pâture.

Car qui, sinon le patient, amène ses clés et ses serrures ?

La corporation des serruriers fut longtemps considéré comme la gardienne de la vie et des biens des sujets grâce à l’ingéniosité de ses serrures, la solidité de ses grilles et de ses défenses. La devise qui figurait dans ses armes était SECURITAS PUBLICA. A ces qualités techniques, s’ajoutait le souci de l’embellissement des demeures et de l’agrément de la vie quotidienne que procuraient les objets fabriqués par les serruriers. [1b]

Car qui, sinon le patient, amène ses clés et ses serrures ? Qui, sinon le patient, amène de superbes constructions, de superbes volutes, de superbes arabesques en nous livrant sa réalité, sa souffrance.

Car c’est bien de cela dont il s’agit : partir de ce qui est et non de ce qui n’est pas. Si le patient souffre, vous ne pouvez pas lui dire de se détendre quand bien même, votre objectif est louable, votre objectif d’amener le patient à se détendre. Erickson nous disait que c’est tout simplement dire des absurdités parce que vous ne prêtez pas attention à ce que l’hypnose devrait signifier pour le patient. L’approche correcte d’un patient souffrant de douleurs extrêmes n’est pas de suggérer qu’il pourrait être confortable ou détendu. Je dis au patient qu’il souffre vraiment de douleur ; que ça fait réellement mal ; qu’il peut minutieusement prêter attention à cette douleur. [1c]

Inviter à la danse, à la transe, même lorsque le patient a le bras ou la jambe cassée ne peut commencer par un, et je cite Erickson, un << Maintenant asseyez-vous ; peut-être vous trompez-vous, vous n’avez pas un bras cassé ; vous n’avez pas vraiment un bras cassé ! >> Le patient sortira de votre bureau pour chercher un médecin qui verra et admettra l’angle qui déforme cet avant-bras !
Pourtant, des médecins disent aux patients : << vous n’avez pas besoin de vous en faire ; vous n’avez pas besoin d’avoir peur, vous n’avez pas besoin d’être anxieux. >>
[1d]

Et vous, avez-vous besoin d’être anxieux ?

Nombre de mes patients viennent pour des peurs, des phobies, de l’anxiété, des stress..., des isolements, des évitements, des blocages, des douleurs qu’ils ne savent pas nommer et qui constituent leur réalité, clé ou serrure.

Vous ne pouvez mettre à part cette réalité que lorsque vous avez orienté votre patient sur sa réalité et que vous avez pu, dès lors, le laisser s’absorber dans une transe plus ou moins profonde, à la fois centrée sur sa douleur et en même temps ailleurs. Vous commencez par ratifier l’expérience pénible du patient et vous identifiez e qui, dans le discours du patient les clés, les solutions qu’il vous livre, à son insu au détour d’une phrase ou en vous parlant de ce qu’il sait faire ou de ce qu’il aime faire, de ce qu’il aime ou de ce qu’il contemple, ou encore quand il vous parle d’une expérience ou d’un évènement récent.

En ce moment, ce doit être la saison, j’ai deux bras cassés. Avant-hier, du bras confortable au bras moins confortable, de l’habitude du confort d’hier et de demain, de la tension et de la contention, Noémie a fini par s’étirer comme un gros chat gris sans savoir où était la limite ou l’infini du bien-être, en sachant comment sa nicher dans un confort contraint et en même temps léger. J’aurais pu, comme Erickson, l’inviter à se construire des habitudes de douleur qui deviennent des apprentissages du goût comme après avoir fait l’expérience d’une bouche en feu lors de la première absorption de nourriture épicée, pimentée.

Mais c’est Etienne, 65 ans, qui m’a confié spontanément ses clés sans cérémonie alors qu’il crevait de trouille depuis des années, et qu’il s’arrangeait bien pour le cacher et éviter toute situation de panique, dans le métro, sur les quais de gare, les ponts et les hauteurs : vous pouvez simplement imaginer comment la légère euphorie créée en compagnie d’amis est devenue, pour lui, avec le bon repas qui l’accompagne, le fil conducteur, l’invitation à la transe et à la dégustation de l’ici et maintenant que ce soit dans un voyage en métro ou une traversée de Seine tout en étant ailleurs dans cette lente activation des papilles gustatives à s’exciter au vin ou au plat délicatement parfumés. Et ces clés, il les a déposé sur le bureau de son safe place, ce lieu de haute sécurité intérieure où il a pu s’exercer à déguster sur place et en vidéo les euphories de ses dîners amicaux et ses simplissimes traversées de Paris en sous-sols oui en hauteurs. Pourtant c’était un homme-serrure, un homme qui ne voulait partir avant d’avoir compris et il a fini par s’envoler...

Il vaut mieux orienter les patients sur ce qu’ils savent faire plutôt que sur ce qu’ils ne savent pas faire, parce qu’ils savent faire les aide plus que ce qu’ils ne savent pas faire. Il vaut mieux orienter les patients sur ce qu’ils aiment le plutôt que sur ce qu’ils n’aiment pas, parce qu’ils aiment les aide plus que ce qu’ils n’aiment pas.

Un autre de mes patients au bras cassé a su transformer celui-ci en une clé, une ouverture à l’échange et à la rencontre : son bras cassé, il l’a appelé un mieux qu’un chien car ça n’a pas besoin d’être nourri quand bien même cela a besoin d’être sorti... pour favoriser la rencontre.

Vous, hypnothérapeute, hypnotiste, hypnopraticien, ne travaillez vous pas avec l’inconscient en ligne directe et ne vous laissez pas d »couvrir combien votre écoute, votre vigilance à écouter vous permet d’identifier les ressources du patient sur lesquelles vous allez pouvoir vous appuyer, que vous allez activer, que vous allez utiliser tout en respectant le rythme du patient dans une évidence humble et modeste. Vous ne savez pas quelle piste choisira l’inconscient du patient et vous vous laisserez découvrir et applaudir le mises en œuvre, les traductions, les mises en musique, les mises en boîtes de ce que pour quoi le patient est venu vous voir.

Votre vigilance à écouter, votre attention, votre présence mobilise votre capacité à créer la relation, à pousser ou à ouvrir des portes chez le patient, à laisser son inconscient coopérer et dénicher des ressources latentes. Vous usez de ses (ces) clés, peut-être plus que des serrures, pour laisser l’inconscient faire son travail, l’inconscient de votre patient comme le vôtre. Car qui est entré dans la danse le premier ? Dans cette danse inédite, cette danse, cette transe qui n’en finit pas de nous surprendre.

Pour conclure, je cite à nouveau Michel Tournier et vous invite au voyage et peut-être même à de superbes délectations.

qui possède une clef sans serrure ne doit pas rester les deux pieds dans le même sabot. Il doit courir les continents et les mers, sa clef à la main l’essayant sur tout ce qui a figure de serrure. (*5)

Alors, hypnothérapeute, hypnotiste, hypnopraticien, vous pouvez vous laisser savoir ignorer comme ignorer savoir comment vous y prendre pour ce voyage et cette danse, cet espace de communication et cette aire de jeu.

Alors, dépanneur, plombier, pompier, braqueur, serruriers ? Peut-être simplement danseur. Qui conduit ? Il suffit simplement de vous laisser surprendre par cette créativité qui s’emprise, dans cette interaction puissante où vous et moi, et, moi et vous cultivons l’échange.

Merci de cette valse à transe-temps.



Christine Guilloux, chercheuse de pétroglyphes

Ce qui précède est mon titre. Elle, elle a intitulé ce texte sur le chemin de la beauté, ou Infinis et éphémères, Tissages et métissages, Traces de nos passages ?
Il est daté : Rancho Palos Verdes, August 9th, 2007


As far back as I can remember my adventures with the American Southwest began at the age of five or six when I discovered the cowboy and Indian movies.
And, I was the Indian with my tepee--never the cowboy.

Moving quickly forward to the summer of 1978 I became fascinated with the ruins of Casa Grande, then Montezuma Castle and the startling red beauty of the arid desert. At this point there was little interest in prehistoric man. However, in 1974 in the desert regions of Armenia not far from Van Lake, I became aware of signs on the rocks – the Ourartou civilization.

Along the way I gave myself three destinations for my life :
  • painting, or rather creating images;
  • writing;
  • and psychotherapy--as my profession.
Don't look for a chronology. They were to be continuous cohabitants of my life's passage.

About my interest in rock art, in "l'art rupestre", the episode that triggered it all unfolded in 1988. Bluff caught my eye. Newspaper Rock intrigued me. I felt at home . Then in 1991 there were different sites near Vernal, Utah, like Dry Fork Canyon and Mc Conkie Ranch, where proud majestic personages were enthroned; the quarry at Dinosaur National Park where the lizards slide and glide; and the discovery of a place of enchantment which rebounded in graphic images in great variety--Nine Mile Canyon. From 1988 to 1996, every summer, I found rock art sites of great interest and pleasure by searching the books of Dr. Kenneth B. Castleton, Polly Schaasfma and Alex Patterson.

Oh! I forget . . . I’ve always tried to link my travels to the States for my psychotherapy professional meetings with my hunt for the pearls of rock art paintings and engravings. There is never one interest without the other.
 
When traveling I purchased some BLM maps which could be compared to other location information I had on hand with the books. It was as if I became a bargain hunter detective, or a thief trying to find sites. Time for all kinds of adventures. Thousands of mosquitoes assailed me in Willow Creek and Yellow Creek, near Ouray. I packed up and retraced the way to Three Rivers because of an incredible rainstorm. I danced with the Kokopelli of Sand Island. I found myself face to face with petroglyphs or pictographs that are not in the books. I was surprised to find myself in front of such unexpected beautiful scenes and scenery. I got lost on paths that could have been some shortcuts – sometimes American maps are very imprecise ! -- and ended at a more or less great site.
In fact in Utah, where so many areas are open and infinite, uninhabited lands, that often happens. I happened to be told by a ranger that it would be too complicated to get to the sites of Largo Canyon and Crow Canyon, and so he avoided giving me directions. I had the good fortune to find an owner in Galisteo who offered me to see his volcanic crust property where the engravings were on parade; and the misfortune to be sent away by an other owner without further ado. And it started to be difficult to access sites due to the lack of adequate information, or by menacing fences , by set up fortresses and by some kept alive mysteries.

The Internet presented an open door of possibilities commencing with e-mail in 1993 which became a portable phone for my trips. ARARA was so obvious! I joined and could jump on an airplane for El Paso in May 1996 -- Hueco Tanks, Alamo Mountain, Alamo Canyon, Pony Hill. . .

The American Rock Art Research Association provided me with an open door to sites accessible with a 4x4 -- and my rental cars are 2x2's. But there were many professionals and amateurs with various levels of interest and passion, all with comparable magnanimity. With more or less vigor, they opened their doors to share that which they loved. Remembering May 1996, I see myself carrying a simple sheet of beige paper with information on a Symposium in Green River. So I decided to extend my summer trip to attend my first URARA Symposium. I sampled a plethora of melons, licking my fingers and chops along with others, in an informal gathering. There I became acquainted with many URARA members -- perhaps too many to mention names here. With much pleasure site information was shared. Fascinating rock art features "with their ins and outs" as it might have happened with our ancestors. No need for interpretation. Simply being there was enough.

Other sites to be discovered followed along my path as some French cooking dinners -sharing, experiencing and evolving solidarity ! – The French nomad cooks! – The URARA Symposia, in Price, Vernal, Moab, provided convivialities unlike anything else. Three years in a row! When I was offered the opportunity to present a paper, I had two projects in mind; one was about presenting the petroglyphs of the Valley of Marvels in southeast France; the other was to explain what hypnosis is and what links can be made with all the theories that have been build on shamans and on trance states.

Alas, there were to be no more opportunities for the URARA Symposium on the traditional Labor Day weekend. [URARA moved the Symposium date to October.] It would then be impossible for me to cross the Atlantic for a three day weekend since October and November are months where France is at work! It was necessary to address my professional responsibilities. Previously working as a consultant and a trainer, nowadays as a psychotherapist, in a wonderful country where every thing stops in the summer, which I found uncomfortable for me, I decided years ago to come to the States where there is a continuity in the active world and keep myself busy in other ways: I gave creative workshops for 14 years at the Creative Problem-Solving Institute, Buffalo, NY (from1976 to 1990), I attended as a participant or as an assistant training sessions in different psychotherapy approaches in the southwest of the States (from 1990 to 2000 ). I translated a psychotherapy book from English to French (2000-2001). And since 1999, I present papers in Conferences, I write prose poems, and professional articles along the way. Although living in Paris, just under the roof of an old apartment of the Seventeenth Century, located in the Marais quarter, in summer I'd rather go to the hot weather of the deserts.

Civilizations burn out. But my passion, my "addiction" for rock art, remains, and I clearly miss the Symposia. But from here and from there in my travels this summer, I was able to join up with the URARA group in Torrey for the Annual Picnic.
My favorite sites in Utah include the Procession Panel and the Wolf site near Bluff, Butler Wash, Nine Mile Canyon and Argyle Canyon, the ones of Behind the Rocks and Potash Wash near Moab. There are numerous "works", thousands of photos, thousands of images, which overflow in my head, and thousands of breathings. Rock art is a way to reach within one's self, to find one's self, and to find one's inner harmony.

But all this is literature – words! Thanks to URARA for continuing to work towards safeguarding rock art, and to transmit it to future generations, and generations of today. We can be amazed, can admire, and learn about this humanity with the simplicity of expression that human beings have engraved or painted throughout centuries.
Long Life!
Aussi loin qu'il m'en souvienne, mes aventures avec le Sud-Ouest américain commencent tôt, très tôt. Vers 5-6 ans, ma première séance de cinéma me fait découvrir les cow-boys et les indiens. Quelque temps plus tard, j'ai ma tente d'indien. Je suis indien. Ou indienne. Pas cow-boy.

L'épisode suivant, c'est une première approche pendant l'été 1978 dont il me reste la fascination pour les ruines de Casas Grande, de Montezuma Castle, pour la beauté des paysages rouges et leur étonnante aridité. A l'époque, guère d'attrait pourtant pour les hommes de la préhistoire.

Pourtant, en 1974, dans les régions désertiques de l'Arménie, non loin du lac de Van, j'avais été familiarisée à ces premiers signes sur la roche. Civilisation d'Ourartou.

Entre temps, je me suis donnée trois destinations de vie :
  • la peinture ou plutôt les images,
  • l'écriture,
  • la psychothérapie.
N'y cherchez pas de chronologie. Les trois destinations vont cohabiter et continuent à cohabiter dans mon chemin de vie.

L'épisode déclencheur, enclencheur se déroule en 1988. Bluff me tape dans l'oeil puis Newspaper rock m'intrigue. Je me sens chez moi. 1991, différents sites à Vernal comme le Dry Fork Canyon: Mc Conckie Ranch où trônent d'altiers personnages, le Dinosaur National Park Quarry où glissent les lézards ; et découverte d'un lieu enchanteur qui regorge de graphismes de toutes sortes, le Nine Mile Canyon.
De 1988 à 1996, les découvertes de sites d'art rupestre se font au gré des parcours et des livres dénichés ici et là comme les deux volumes de Kenneth B.Castleton, Petroglyphs and Pictographs of Utah, ceux de Polly Schaasfma, Rock Art in New Mexico, et The Rock Art of Utah mais aussi A field Guide to Rock Art Symbols of the Greater Southwest d'Alex Patterson. Eté 1994,Utah, Arizona, Nouveau Mexique: un périple avec quasiment pour seuls points de chute les bourgades à proximité de sites.

Ah! j'oubliais... Je conjuguais et je conjugue toujours mes voyages professionnels pour des formations en psychothérapie (Hypnosis, Brief Therapy of Palo Alto,...) avec mes périples de chasse aux gravures ou aux peintures d'art rupestre. L'un n'allait pas sans l'autre. J'avais le prétexte de l'un pour permettre l'autre. Et réciproquement.

Et c'est alors acheter des cartes du BLM [2] et comparer avec les ouvrages en main. Se faire chineur, détective, détrousseur. C'est se faire assaillir de moustiques du côté d'Ouray dans Willow Creek et Hill Creek. C'est alors plier bagage et rebrousser chemin à Three Rivers à cause d'une tempête de pluie. C'est danser avec les kokopelli [4]de Sand Island. C'est trouver ce qui n'est pas dans les livres, c'est se laisser surprendre et s'ébahir, c'est parfois s'égarer sur des chemins qui auraient pu être des raccourcis - et en fin de journée, parvenir enfin à un site plus ou moins grandiose.
De fait, surtout en Utah où les lieux sont ouverts à l'infini, vierges d'habitations. C'est alors questionner un ranger pour se faire signifier que les sites dans Largo Canyon, Crow Canyon, c'est trop compliqué et que l'on peut se perdre. C'est alors rencontrer un propriétaire à Galisteo et pouvoir accéder à la crête volcanique où paradent les gravures, ou se faire rabrouer, renflouer au San Cristobal Ranch. C'est commencer à ne plus trop savoir comment accéder à ces sites qui deviennent inaccessibles ou par manque d'informations, par clôtures menaçantes, par mystère entretenu...

Internet se présente comme une porte ouverte à d'autres possibles. Commencer par l'e-mail en 1993 qui devient mon téléphone portable lors de mes voyages. L'ARARA se présente comme une évidence. J'adhère et je saute dans l'avion pour El Paso en mai 1996 et donc, Hueco Tanks, Alamo Mountains, Alamo Canyon, Pony Hills...

Le long du chemin, il est bien d'autres ouvrages qui titillent d'une manière ou d'une autre comme New Light on Chaco Canyon de David Grant Noble. Comme Skinwalkers - j'en croiserai un quelque temps plus tard, enfin un navajo du Canyon de Chelly qui a également commis un livre sur le sujet- et A thief of time, de Tony Hillerman [3] . Comme les multiples romans d'Yves Berger, un autre français fou du Sud-Ouest américain. Comme Les Indiens Zunis de Jean Cazeneuve. Ou encore Meditation with the Hopi, The Navojos de Robert Boissière - auprès duquel j'irai à la rencontre du côté de Santa Fe, par deux fois. Mais encore, en une traversée de Paris, je me cogne à Découverte de l'art préhistoire en Chine, de Chen Zhao-Fu et suis stupéfaite des parentés entre les gravures des continents américain et chinois.

L'ARARA devient comme une porte ouverte à des sites, accessibles en 4x4 - et je ne me véhicule qu'en 2x2 -, et à de multiples professionnels, à de multiples amateurs, plus ou moins engagés, plus ou moins passionnés. Ils m'ouvrent également leur porte pour partager avec eux ce qu'ils aiment avec plus ou moins de vigueur, d'enthousiasme, d'addiction. J'y vois trainer une simple feuille de papier format standard, peut-être de couleur beige, qui informe d'un autre regroupement, à Green River, dans les premiers jours de septembre 1996. Ainsi, je prolonge mon voyage pour mon premier Symposium de l'URARA.
Savourer les melons de toutes sortes, s'en lécher les doigts et les babines, en papotant avec les uns et les autres. L'association est moins formelle. D'autres contacts se nouent... Pouvoir partager avec tant de plaisir ces sites, ces fascinations, ses infinis, pouvoir partager ce tréfonds de nous-mêmes comme celui de nos ancêtres. Ne pas chercher à interpréter. Être simplement là dans cette présence.
S'ensuivent visites, partages, explorations et toutes sortes d'aventures de partage et de solidarité. Comme se concoctent de bons petits plats, je me commets à cuisiner ici et là pour le plaisir de beaucoup. Ah! the French nomad cooks s'amuse à me qualifier Jeaninne. Les Symposiums de l'URARA permettent une conviviliaté sans façon. On se retrouve, on raconte, on se raconte. Price, Vernal, Moab.
Deux projets d'intervention me viennent, puisque l'estrade est offerte à tous: présenter l'art rupestre de la Vallée des Merveilles dans le Sud-Est de la France; expliquer ce qu'est l'hypnose en "live" et faire le lien avec ces théories sur les chamans et la transe.

Hélas, il n'aura plus d'autres Symposiums de l'URARA sur ce fameux Labor Day week-end. J'ai remisé mes projets. Impossible pour moi de traverser l'Atlantique l'espace d'un week-end en novembre ou en octobre. Autre oubli de ma part : je réside à Paris, dans un vieil immeuble du XVIIè siècle dans le Marais et j'y travaille. Consultant-formateur et maintenant psychothérapeute. La période d'été en France est creuse : vacances obligatoires alors pour qui veut rester actif, l'Amérique est une destination où l'on reste actif. D'où l'idée de suivre des formations dans le Sud-Ouest, après 14 ans d'animation d'ateliers de créativité au sein du Creative Problem-Solving Institute à Buffalo, NY (de 1976 à 1990).

Les civilisations s'éteignent. Mais ma passion, mon addiction demeure quoique ces Symposiums en toute simplicité me manquent. De-ci, de-là, j'arrive à rejoindre un groupe de picnic comme cette année à Torrey. Les toiles d'araignée peuvent être balayées mais les araignées retissent et retissent encore.
Avec comme sites favoris en Utah, ceux autour de Bluff comme le Panneau de la Procession, celui du Loup, celui du Butler Wash mais aussi ceux de Nine Mile et D'Argyle Canyon, ceux de Beyind the Rocks et du Potash Wash près de Moab,... Nombreux ouvrages, milliers de photos, milliards d'images plein la tête et les mirettes. Milliards de respirations. Ressources intérieures pour se retrouver soi-même, aller à sa propre rencontre, accéder à son harmonie intérieure.

Mais tout ceci n'est que littérature. Merci à l'URARA de continuer à oeuvrer pour sauvegarder cette beauté mais aussi la transmettre et permettre aux générations futures comme aux générations actuelles de pouvoir s'ébahir et admirer, de pouvoir apprendre cette humanité et cette simplicité d'expression de l'homme au travers des siècles.
Longue vie!

A propos de Christine Guilloux


Les lignes de vie de Christine Guilloux sont trois pour moi, qui se tressent sans qu'il y ait de priorités perceptibles à long terme. J'ai donc réparti, parfois un peu arbitrairement, ses manifestations d'existence entre les trois brins : l'écrivain, l'amatrice d'images, la consultante-thérapeute.

Née le 26 mai 1954 à Paris, elle a achevé son cursus secondaire par un bac en section maths, et le supérieur l'a fait voyager dans les sciences humaines : psychologie sociale et ethnométhodologie. Ensuite  elle s'est formée en alternance à diverses techniques de psychologie appliquée et à plusieurs pratiques thérapeutiques.

En 1978, elle crée résonances, micro-entreprise compétente en créativité, enquêtes qualitatives et formation-action.
En 1981, elle lance l'association artémis-armen, dont la vocation est de créer des liens actifs entre des matières trop souvent disjointes, des cultures inutilement distantes, et surtout des personnes partageant un idéal de transversalité disciplinaire.
En 1983, elle fait graver la plaque de sillages, l'entité dont elle est le point focal, active en communication, organisation et psychothérapie.

l'écrivain


Celles de ses productions littéraires qui relèvent de la sphère poétique demeurent intimement connectées à son addiction aux images et à sa pulsion pérégrinatrice.

C'est ainsi qu'elle a signé :
* A détruire ou la lettre ouverte, 1972
* Fissures ou les poésies pleines, 1976
* Tonalités, et Anima, 94 poèmes en vers ou en prose, publiés ensemble en 1986 aux éditions Caractères de Bruno Durocher
* Les modes cubes, 1982, en association avec les collages Jeux conjugués
* Synoptiques, 1983, à propos de ses propres collages, qui associés à ceux de Patrick Rana-Perrier ont été exposés dans le cadre des manifestations de l'association Artémis Armen
* Passages, 1986, textes illustrant des photographies rapportées de ses voyages, qui jointes à celles de Patrick Rana-Perrier ont été l'objet d'une autre exposition d'Artémis Armen, textes dont la publication est prévue pour 2009

* Ses dix-sept contributions à la revue Jointure, du printemps 1987 à aujourd'hui, sont de nature  diverse  :
six poèmes – sept proses poétiques – trois essais – une critique de livre.
Y ajouter les deux poèmes en prose publiés dans Jointhologie en 1990 : Flammèches et Pourquoi pas Venise
 
Les éléments de sa production littéraire relevant de son activité de consultante et de thérateute ont été référencés dans le paragraphe correspondant. Voir ci-dessous...

l'amatrice d'images



la consultante-thérapeute


Son engagement de consultante l'a poussée à résumer et généraliser son expérience, et à la mettre à disposition du lectorat bien particulier que sont les cadres d'entreprise, en publiant des ouvrages  contenant à la fois explications, exercices et synthèses.

* La mémoire oubliée, mnémotechnies à l'œuvre, 1980 à 1982, non publié.

* Organisaction, ou comment travailler plus en se fatigant moins éditions d'Organisation, 1988, broché, 168 pages, préface de René Robin ; ce livre a été traduit en espagnol, sous le titre Como organizar su trabajo, ediciones Deusto, Bilbao ; réédité en 2006.

* Planif-Action, le guide pratique de la gestion du temps, éditions d'Organisation, 1991, 184 pages ; en collaboration avec Joël Nerot.

* Du cœur à l'ouvrage, conseils et méthodes de lecture, à paraître




[*] Ce pictogramme signale les textes écrits par © Christine Guilloux et repris sur cette page. Ils sont exclus de la licence art libre qui protège le contenu de ce site.


[1] Les notes spécifiques de ce texte sont regroupées ici :

(1a) ; (1e) Tournier Michel, Des clefs et des serrures, Chêne-Hachette, 1979
(1b) Encyclopédie Universalis
(1c), 1d) Erickson Milton H., Hypnose thérapeutique, Quatre conférences, ESF, traduction française, 1993, p52, p62

[2] Bureau of Land Management...Une administration qui tient à la fois du BRGM et de l'IGN.


[3] Tony Hillerman, disparu le 26 octobre 2008 , a fait connaître les mœurs et traditions des Indiens Navajos par ses romans policiers, qui relèvent de la subtile catégorie connue des libraires sous le nom de polars ethniques.


[4] Personnage mythique amérindien dépeint et portraituré comme un joueur de flûte dont la bosse contient des graines. Il est cité à paraître dans le voleur de temps – a thief of time – de Tony Hillerman. C'est dans cet ouvrage que l'auteur donne une définition originale de l'anthropologue, dont voici la V.F. : Une personne qui a reçu une bonne éducation et qui vole des objets d'art avec beaucoup de dignité.