Alain Castets,
poète, essayiste et revuiste

Alain Castets

Sa notice sur Wikipédia



Autour de Clarté-Poésie

C'est le 10 novembre 2001 que j'ai fait connaissance effective avec Alain Castets, que j'avais pu lire antérieurement dans diverses revues. Il s'agissait de construire, sous le nom de Clarté-Poésie, un comité de liaison :
Une communauté de vues sur la nécessaire clarté du système éditorial, et sur la tromperie médiatique de thuriféraires trop opportunistes d'une forme particulière de recherche langagière, érigée en référence universelle du nouveau bon goût poétique, et qui fut identifiée sous la désignation parodique et novlinguistique de novpoésie , nous réunit d'abord.
Ensuite, nous avons progressivement pris conscience de l'existence entre nous d'une convergence de pensée sur le rôle du poète, modeste intermédiaire entre
C'est ainsi que nous participâmes ensemble au Théatre Molière, à l'occasion des fêtes du centenaire de la S. P. F. , invités par Isabelle Normand , à un débat public sur le thème de l'engagement du poète.

Je me suis personnellement impliqué, soutenu par l'enthousiasme communicatif d' Alain Castets, dans l'aventure Clarté-Poésie, qui, même si elle n'a pas eu, du fait des circonstances, les suites institutionnelles désirées par ses fondateurs et sympathisants, demeure une idée de progrès qui n'a rien de dépassé ni de ridicule à ce jour.
Je mettrai sur ce site, à disposition de qui voudra les reprendre, les résultats des travaux des poètes qui s'y sont mis à l'oeuvre. Ils appartiennent à tous, n'ayant pas été réalisés pour une élite, une faction ou une école

Alain Castets m'a fait l'amitié de me confier des textes inédits, et récents, pour publication sur adamanatane.net. Je l'en remercie.

Textes encore inédits : Chants du Paradis

Chant sept : La terre amour



La terre amour est ma seule ancre

Nous marchons sur des eaux de pierres

Et plus ne peut m'accrocher l'éternelle jeunesse
Ni la récitation par cœur de la peau et des cendres
Jetées aux ciseaux du hasard

J'accueille avec affection le vivant, sa tendresse
Joies des papillons, clins d'œil des fleurs muettes
Et ce chamois couché sur le divin. Tant de confiance
Le tour de chance éclairs-soleils passe comme un éclair
Il faut cent vies pour comprendre
Amis défunts sur des os de merveille

Tous les soleils tous les étés sortiront de la nuit
Souriront à mon vieux sentiment de ciel gris
Instant nu oisillon non sauvé par les mots
Sans gouvernail est la durée !
Ouvrant le parapluie solitude
Seule est restée du corps la certitude

Il y a les ressacs et diadèmes de l'œuvre humaine
La pieuse et pierreuse avalanche des idées
Gare à leurs odyssées d'étincelles !
Nous naviguons à vue, frissons lumière
Petits bateaux papier de fête
Au détroit de secours, entraide et douceur

J'essuie l'humanité mazoutée à sa brillante écume
Si meurtrie dans sa gloire et fanfares de violence
Son âme coincée pleure dans la préhistoire
En totalité je l'assume
Tout va très vite avec les marchands de séismes
Pour bientôt la panique à l'éclat de mort
Pour toujours ma joie ma peine et ma cuiller d'amour

Nous marchons sur des eaux de pierres...
Déjà maintenant n'interrogent plus les ports
Le désastre attend pérore et nous voit, mon amour
Au devant où vertical nous somme
Du roi Viso l'inouï visage
Fermant le parapluie aux sifflets des voyages

Nous fondons unis l'idéal précipité des astres
L'accord aimanté qui tend le droit fil terrestre
Jour et nuit sont nos mains d'amour au corps d'encre
Arrive en moi, écris la rive arrondie du paradis
Tu portes mon regard comme un chant de coquelicots
Blanc d'abeilles

La terre amour est ma seule ancre

Chant huit : Le ciel étoilé

Val Varaita, Frassino,
cinq heures du matin, août 2004


Je bois à la fréquentation de la nuit aux flambées de lune
Aux ombres du poème écartant le noir 
Ailleurs des ghettos flambent
Des mots sont jetés en cellules
Un doigt de vent attise une histoire
La vie n’est pas si simple, il y a  deux labyrinthes.
Toi qui t’en es bien sorti de la monstre galerie
Ne chante plus en exil moderne ou ancien.  

Je bois la nuit du son inaugural, j’ausculte…
L’écho big-bang d’un diapason me tient sur un fil
Comme un animal trouble-fête 
Avec un revenant dans ma tête
Et dans la guérison de la nuit, un grillon exulte
 
Le chant du grillon noir comme il lime et râpe
La loi d’argile où tout est cime d’amour 
Ainsi l’entendit Orphée ébloui au même pur
Rimant en son cœur la note-infini et la note-origine
Qui font l’âme au chant. Don. Figure. 

De l’un au tout je vois l’imprévisible lien qui plane
Pose en ses deux notes les saisons les lieux les formes
Le bien des jours et des nuits sur le sort du monde et sur mon front
Et toi nuit parfaite du vers luisant dans les forêts du doute que les masques de la route endorment
De quel tréfonds surgiras-tu apparition ? 

étendards de paix des foules transparentes
Une autre nuit remonte avec la pose innée des nudités
La souveraine nuit des temps glisse un désir de rose immortelle à mon ventre
Je fume à genoux sur sa courbe
Sa fente aux mille trains de beauté
Milliards de vers luisants balisant l’univers oh quel orchestre au-dessus quelles villes 
Au départ de leur fièvre, entre !

Un grand travail au noir défait les remparts l’horizon
Poème au noir
Qui grave et rime
La loi d’argile où tout est cime d’amour
Avec ses outils son bazar ses nus anonymes
Et tandis que frémissent les mots les forêts les monts sur mes deux notes
S’ouvre au labeur de l’amour toujours invisible au jour
Comme au chant du grillon le champ d’étoiles

Le ciel intérieur étoilé



Chant neuf : Beau temps de beauté ivre

Val Varaita, Frassino,
sept heures du matin, août 2004



Tu dors sur un quai troublé par tes malles
Dorant le fond d’une île-enfant d’azur et de rires 
Veilleuse
Veille à ton bien nuptial où le pistil des draps
Te confond dans le futur originel de la mémoire
Rêveuse
Rêve à ta vie d’amour qui seule assouvira les gares
Les campagnes en swing de l’accomplissement

Je peins alpha mes yeux pour ton babil omega
Le clair déluge   
Du corps à saute-ciel sur sa luge
Je plains Dieu sans parade et dissous près de toi
Aucun vin sacré ne vaut ton miracle et du cristal amour
Le vol éclipse de l’univers
Renversé dans mon verre

Toi volant par-dessus les blancheurs oranges
Par-dessus les peuples brûlés dispersés écoliers criards
Vaste miroir le son de ton corps frais m’épaule
Comme un orage appelle un troupeau de montagnes
La lumière au bout des mots
Je sens ses doigts pianoter sur mon dos
La lumière est en vagabondage 
Grondant édifice entre terre et ciel la révolution des anges
Douceur et liberté de la fusion d’amour

Pourquoi ton corps me change et m’échange avec l’absolu
Du don et de l’abandon ?     
La vraie vie n’est pas une légende   
Le jour leste son poids dans ma poitrine et le salut d’été traîne
Une voix ouvrière

Qu’as-tu à faire ? Enfin, vas-tu prendre
Ton fer d’innocence et de vérité
Ta responsabilité d’enfer au bonheur ?
             
Tout valse et déménage 
Années au fond du destin moutons du précipice humant
L’apparition de loups
Fêtez le festin que l’or automnal cachète
Pliant la lettre éblouissante 
Moi aussi timbrant la fatalité forte et pleine à jamais
Etoile amour que je fêle et cisèle
A la fréquentation du jour ! 
Tout sera donné dilapidé à vivre  
Levant ma coupe en trèfle avec ton neuf soleil 
Je casse un œuf de soleil. Te voici

Beau temps de beauté ivre


Chant onze : De l'éternel aller-retour

La Barben,avec un tour de reins,
décembre 2004

Vivant tout est vivant ainsi qu’un nouveau-né.

La création parie pour cinq milliards d’années en pliant l’ombre et la clarté des choses. Il est Rosa sans Rosa. Les chairs causent dans la maison du temps petite et ronde. On ronge la poussière aux ongles des secondes.                    

Ma fumée se balance en soupirs de volcans quand se lève le Nu du plus pur existant. Tout corps à tendre attend le corps d’offrande. Souvent mes baisers dans le noir quémandent à quelle errance on pèse la lumière. Aux quatre vents bat l’aile de la vie première.
           
L’enfance a tant gonflé de rêve les nuages… Univers riant pleurant des corps en veuvage où, sans voir, court dans son pas l’ineffable et je n’en reviens pas de sa loi fable, de la beauté-bonté trop plus qu’ultime qu’en nos miroirs éclatés l’éternité grime.                         

Allume à la bouche élue ta bouche origine. L’épi cosmos calame en l’argile divine. L’âme vertige et la fusée merveille filent par l’année-lumière au soleil avec des sons couleurs de toutes sortes. Et si l’on pleure aux hublots du néant, qu’importe ! il n’est pas mieux que d’accomplir le tour
           
De l’éternel aller-retour .

A propos d'Alain Castets

Les origines métissées, biculturelles d'Alain Castet ont marqué sa jeunesse, nourrissent ses choix, éclaireront son destin.

Il est né le 25 juin 1944 à Vientiane, au Laos, d’un père français et d’une mère eurasienne. Sa grand-mère maternelle, tonkinoise, était mystique bouddhiste-taoïste et guérissait par la transe. Il a douze ans quand il quitte avec sa famille le Vietnam après Dien Bien Phû. Il est reçu à l’Ecole Normale d’instituteurs de Paris puis continue ses études à la Sorbonne. Il écrit ses premiers poèmes à 16 ans et sa rencontre avec Gérard Cléry, à 18 ans, en 1962, est décisive. Il publie en 1964 ses premiers poèmes dans la revue Strophes [2] .

Trois visages d'Alain Castets sont esquissés dès le titre de cette page. En effet, il se manifeste, soit parfois simultanément, soit surtout en des époques successives de sa vie, comme essayiste, comme revuiste et comme poète. Ce sont les mots que j'ai choisis pour désigner des états de la personne qui diffèrent, se répondent, se renforcent mutuellement.

L'essayiste

Il serait plus conforme à nos traditions de parler d'intellectuel engagé dans l'action, et prenant ses risques pour faire avancer des options de société qui lui tiennent à cœur. Alain Castets essayiste est à la fois polémiste pédagogue et éditorialiste tribunicien.

C'est ainsi qu'en 1965, tout juste majeur, après un voyage à Moscou où il fait signer une pétition pour la liberté de mouvement, il rejette le stalinisme, lui préfère le trotskisme et adopte la problématique du surréalisme : changer la vie, transformer le monde, ces deux mots d’ordre ne font qu’un. De 1966 à 1976, il suspend l’écriture poétique pour se lancer dans les luttes sociales.
 
En mai 1968, Il participe aux événements dans le quartier Censier-Sorbonne avec Daniel Cohn-Bendit, Jacques Sauvageot et d’autres…
Après avoir obtenu sa licence d’Histoire, il devient professeur à Paris, puis à Créteil, et il occupe de multiples responsabilités syndicales, locales et nationales.

En 1992, dès la fin de la guerre du Golfe, il organise des manifestations pour la levée de l’embargo contre l'Irak, avec le soutien et la participation de nombreuses personnalités, et fait signer un télégramme de poètes à François Mitterrand à ce sujet.
Son poème Empire de la Barbarie est lu par le comédien Claude Vinci et est présenté aux étudiants de l’Université d'Aix-Marseille par Geneviève Clancy.

le revuiste

Il s'affirme assez vite comme un acteur du système littéraire préoccuppé de diffusion équitable et de justice éditoriale.

En 1983, il expérimente quelques revues dont Mot pour mot de Mathias Lair qui anime le SELF [3].

En 1984, il poursuit, sans succès de son point de vue, ses contacts avec ce qui reste du mouvement surréaliste.
Simultanément, il rencontre Guy Chambelland, qui édite son livre Chant d’espèce, et avec qui il noue une relation en profondeur et sans concessions. Vers 1994 il décide de le soutenir, car ses exigences et ses valeurs en poésie lui semblent justes et fondamentales. Ce dernier l’investit comme président de son association de poètes Le Pont de l’Epée.
Après le suicide de Guy Chambelland en janvier 1996, il participe avec Elodia Turki et Alain Breton à la fondation de la Librairie Galerie Racine. Il consacre son temps à la composition et la renommée de la revue les Hommes Sans Épaules.

Courant 2000, co-fondateur du mouvement collectif clarté-poésie, avec Simonomis et quelques autres, il stigmatise la novpoésie, dont il pense qu'elle identifie abusivement la poésie contemporaine à des objets langagiers abstraits sans consistance, et à l’élimination du champ de la poésie du sujet et du sentiment.
Ce collectif est rejoint et soutenu par plus d’une centaine de groupements poétiques. La première et la seconde  Assemblée Nationale de poètes sont un succès.

En 2003, il fonde avec Mireille Disdero les Éditions Alba, et la revue poétique Les Cahiers de l’Alba qui, de 2003 à 2005, publiera 7 numéros.

Lire Alain Castets

Interventions en revues

Les Hommes sans Épaules n° 11 deuxième semestre 2001


Le poète

Il se manifeste essentiellement comme un poète lyrique,assumant la fonction ontologique de l'écriture, et sachant concilier le souffle de l'épopée et la notation fine de sensations vécues.

Sa bibliographie révèle cette dualité..

Inédits

Publiés


A paraître

Textes anciens



[1]


Un strombe...ou lambi

Assez curieusement, le strombe, même fissurelle, vit, comme le Pont, sous l'eau...Dans les Caraïbes, il se nomme lambi : lambine-t-il sur les fonds marins ?

Une variante intéressante à regarder et tenir en main est le strombe araignée, ou ptérocère chiragre (littéralement : aux doigts déformés par la goutte ; curieux pour un animal aquatique), qui darde dans le plan de sa vulve six excroissances recourbées ; j'ai longtemps possédé un tel coquillage dans mes trésors personnels.

Les strombes, comme certaines huîtres, les palourdes et les ormeaux, ainsi que les moules d'eau douce, sont géniteurs de perles.

La coquille est utilisée en glyptique comme matière première pour la taille des camées. Il y a donc du strombe dans le titre célèbre de Théophile Gauthier...

[2] Le numéro 3 de Strophes, en 1964, s'est fait remarquer pas son sous-titre : La revue Strophes a le regret de vous informer du décès du surréalisme et de son chef André Breton après une longue agonie...

[3] Syndicat des Écrivains de Langue Française...Les écrivains sont-ils capables de syndica(lisa)tion ?

[4]

Guy Roussille Guy Roussille, né en 1944 à Castelcullier, voyage très tôt. A douze ans, il est à Florence et, dans Florence, il voit des Botticelli. Sa décision est vite prise : il sera peintre. Et comme la beauté du monde le sidère, il invente la catégorie de peintre-voyageur, comme on parle depuis quelques années d’écrivains-voyageurs.
S’il réside souvent au Mexique et souvent en Bourgogne, ce ne sont là que des escales plus longues que les autres. Il les quitte fréquemment pour aller débusquer, de l’autre côté des choses, de nouveaux paysages et d’autres couleurs.

Selon Eve, de Blog à(p)part... relayant la présentation donnée par Radio-France de l'émission du vendredi 25 novembre 2005 de Gilles Lapouge, Un peintre-voyageur, Guy Roussille sur France-Culture.